Hitler

« Il faut bien comprendre l’affectivité qui porte l’intériorisation d’un tel système de croyance. Les nazis ont une approche extraordinairement angoissée du monde, constituée d’ennemis ligués qui veulent conduire l’Allemagne à sa perte en tant qu’État, que nation, mais aussi en tant qu’entité biologique ; les Français ont envahi la Ruhr avec des troupes de couleur, des tirailleurs sénégalais notamment, et il s’agit là, à leurs yeux, comme pour tous les compteurs de la Rassenschande (la honte noire), d’une atteinte fondamentale et délétère au patrimoine racial allemand. »

Johann Chapoutot et Christian Ingrao, Hitler, PUF, 2018, p.87.

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Quatre lettres d’amour

« … il l’expliqua plus tard aux lévriers quand il fut allongé près d’eux sur la couverture de leur cabane et qu’il prit conscience, non sans surprise, du mystère révoltant de son propre cœur : d’une certaine façon, dès qu’Isabel s’était éprise de lui, il s’était dépris d’elle. »

Niall Williams, Quatre lettres d’amour, Éditions Points, 2019, p. 196.

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Les parents d’élèves et MOI !

« Pour nous, les parents, au fil du temps, le rectorat est devenu une sorte d’institution Potemkine, à l’instar des villages de carton du ministre du même nom érigés pour faire croire à la Grande Catherine en visite à travers la Russie que son peuple vivait heureux. Attirant et brillant, quand il sature notre fil twitter de ses messages enthousiastes, mais incroyablement exaspérant dans son entêtement invisible à ne répondre à aucune de nos demandes, on a même fini par se demander s’il ne serait pas plutôt une sorte de Keyser Söze inventé pour justifier tous les refus. Bref, le rectorat a réussi, comble de la ruse, à nous faire croire qu’il n’existait pas. »

Catherine Berthon, Les parents d’élèves et MOI !, Les Éditions Chum, 2019, p. 167-168.

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Tristan

« Un sentier de terre serpente entre les petites parcelles et les massifs de plantes grasses. Du linge ondule, gonflé par le vent, ombrageant par intermittence le blanc cru des façades et les murets de basalte qui ceinturent les maisons. Au fur et à mesure que je marche, j’ai l’impression d’entrer dans un conte, de parcourir un dessin, comme si tout ce qui m’entourait était à la fois bien réel et complètement illusoire. »

Clarence Boulay, Tristan, Éditions Points, 2019, p. 38.

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L’aigle de sang

« Après trente-sept années, les Enfants de Freyja allaient à nouveau se réunir. Elle ne se réjouissait pas des circonstances dans lesquelles cette rencontre aurait lieu, mais, au fond d’elle, elle savait que les rituels vikings lui avaient manqué pendant toutes ces années. Ce clan avait été une sorte de famille, un point de repère dans une vie laborieuse. Même s’ils ne se connaissaient pas personnellement ou peut-être justement parce que les membres n’étaient lors de leurs cérémonies que des individus avec un pseudonyme, un prénom viking, ils endossaient à ce moment-là un rôle communautaire. Se cacher derrière un masque ajoutait au mystère. »

Marc Voltenauer, L’aigle de sang, Slatkine & Cie, 2019, p. 189.

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Les buveurs de lumière

« C’est un désir idiot et, en dehors de ça, son esprit est toujours à demi tourné vers une femme qui cire la lune. Il a envie de l’embrasser. C’est également une idée stupide mais elle est plus réelle que ces déchets de matière noire que le chagrin remonte dans des seaux de cuivre. À un certain stade il doit y avoir, ce serait juste, un point final. »

Jenni Fagan, Les buveurs de lumière, Éditions Points, 2019, p. 109.

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La chanson d’Arbonne

« Et, un soir venteux, alors que le tonnerre grondait au loin dans les collines au nord de Mignano, il y avait eu la chevelure couleur de nuit de Lucianna Delonghi au bout de la table du banquet, le scintillement de ses bijoux et l’éclat de son esprit, ses propos semés de pièges et de doubles sens, son rire moqueur puis, de façon stupéfiante, ce qu’elle devenait ensuite, ailleurs, sous le baldaquin rehaussé de peintures de son lit, vêtue seulement de ses bijoux étincelants… ce qui se produisait lorsque le rire cessait d’être moqueur, mais rire demeurait. »

Guy Gavriel Kay, La chanson d’Arbonne, Librairie l’Atalante, 2019, p. 212.

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La nuit des temps

« Je suis entré et je t’ai vue. Et j’ai été saisi aussitôt par l’envie furieuse, mortelle, de chasser, de détruire tous ceux qui, là, derrière moi […] attendaient de savoir et de voir. Et qui allaient TE voir, comme je te voyais. Et pourtant je voulais aussi qu’ils te voient. Je voulais que le monde entier sût combien tu étais, merveilleusement, incroyablement belle. Te montrer à l’univers, le temps d’un éclair, puis m’enfermer avec toi, seul, et te regarder pendant l’éternité. »

René Barjavel, La nuit des temps, Éditions Pocket, 1999, p. 87.

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Niels

« Il y eut un instant où la gare entière parut faire silence, puis la foule se referma sur Gilbert, sans que les gendarmes puissent intervenir, sans que les travailleurs du STO, qui avaient ri à ses boutades, ne bougent d’un centimètre. Ils le regardèrent se faire écarteler par les furies. Elles lui arrachèrent ses vêtements tandis que les coups pleuvaient sur son crâne. Il se retrouva nu comme un ver et la tête en sang, sans que l’on sache qui lui avait infligé la blessure. Dans ses yeux, au-delà de la panique, se lisait la pet absolue, celle qui change un individu à jamais, celle qui lui fait raser les murs jusqu’au jour de sa mort. »

Alexis Ragougneau, Niels, Éditions Points, 2019, p. 74-75.

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